L'édito d'Amélie - Peut-on sauver la planète en mangeant local ?

visibility120 Vues person Posté par: Amélie Anciaux list Dans: Proposer de l'alimentation en sauvant la biodiversité

La consommation de produits locaux présente de nombreuses vertus, en particulier celle de soutenir les filières agricoles sur le territoire. Toutefois, “manger local” ne peut pas être considéré comme une solution pour réduire les impacts climatiques et environnementaux de son alimentation. En effet, 84% des impacts écologiques de notre alimentation résultent de la manière dont les denrées alimentaires sont produites : le transport des produits n’en représente ainsi qu’une part marginale. En effet, selon une étude du Commissariat général au développement durable (CGDD), 57 % des émissions de gaz à effet de serre de la chaîne alimentaire sont liés à la phase de production et seulement 6 % au transport.

Évidemment, cette moyenne varie énormément selon le type de produit. De manière générale, plus son empreinte carbone est élevée, plus le transport est un critère négligeable. Selon une étude de 2018 parue dans Science, le transport représente à peine 0,5 % des émissions de gaz à effet de serre pour le bœuf et le fromage, et généralement moins de 10 % pour les autres produits agricoles (voir graphique). Acheter du bœuf argentin plutôt que du bœuf français n'a donc pas une véritable incidence. Le transport pèse cependant 33 % des émissions pour les fruits et légumes et jusqu'à 43 % pour le sucre.

Ceci reviendrait-il à dire que manger local ne sert à rien ? Pas si vite !

Si consommer chez les producteurs locaux ne permettra sans doute pas pour atteindre les 2 tonnes  équivalent CO2e par an (= quantité de gaz à effet de serre émise par personne dans un monde neutre en CO2. C'est aussi l'objectif à atteindre d'ici à 2050 pour respecter les engagements de l'Accord de Paris : maintenir l'augmentation de la température mondiale à un niveau inférieur à 2 degrés), privilégier les produits locaux présente de multiples vertus :

  • Soutenir la structuration des filières agricoles, maintenir et créer des emplois non délocalisables et ainsi redynamiser les territoires et le tissu social et faire de nos campagnes autre chose que des cités dortoirs ;

  • Améliorer l’autosuffisance et la résilience des systèmes de production et de distribution alimentaires, notamment territoriaux, face aux crises ; les flambées des prix de l’énergie de ces derniers mois nous en prouvent une fois encore l’importance

  • Favoriser le respect des normes environnementales, sanitaires et sociales belges et européennes, et éviter l’importation de denrées dont les modes de production ont recours à des substances interdites dans l’Union Européenne ;

  • Faciliter la traçabilité des produits alimentaires et réduire les risques de falsification et d’exposition à des contaminants lors du stockage et du transport des denrées ;

  • Protéger les sols (surtout lorsque la culture est sans intrant, comme c’est le cas pour la Coof), favoriser les fruits et légumes de saison, essentiels pour préserver le climat et la biodiversité, et préserver la fraîcheur des produits alimentaires.

L’approvisionnement local est d’autant plus bénéfique sur le plan économique et social que plus le nombre d’intermédiaires est réduit, plus la part de la valeur ajoutée qui revient aux agriculteurs est élevée. C’est d’autant plus le cas lorsque les denrées sont issues de circuits courts de proximité qui veillent à la juste rémunération des agriculteurs, et contribuent à l’éducation, à l’alimentation et à la reconnexion entre producteurs et consommateurs.

Bref, si manger local et soutenir les initiatives en circuit-court peut être considéré comme un petit geste (comme éteindre la lampe quand on quitte une pièce ou pisser sous la douche), cette pratique se démarque tout de même par sa valeur symbolique, sociale et humaine. Manger local, c’est accepter de payer un prix juste pour le producteur et pour la Terre. Manger local, c’est prendre le temps et de faire la file. Manger local, c’est rencontrer son voisin. Manger local, c’est s’inscrire dans un système alternatif, dissident, qui, s’il ne change pas directement la quantité de gaz à effet de serre produit par personne, permet de mettre un pied dans la porte face à une industrie consumériste dominante.

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